Come an see in Kigali: la ruée vers les ors d’Afandie (C.Kami)

Come an see in Kigali: la ruée vers les ors d'Afandie (C.Kami) kigalitoday

Ça se dit come and see (viens voir) et c’est un programme de relations publiques qui fait de plus en plus parler de lui. Destiné à certains rwandais vivant en exil depuis plusieurs années, ce programme cible quelques compatriotes auxquels il est payé un billet aller-retour pour que, de leurs propres yeux, ils constatent les miracles accomplis au pays des afande. A leur retour, ils propagent la bonne nouvelle venue d’Afandie en essayant d’être les uns plus prolixes que les autres. Une sorte de course aux superlatifs s’engage ainsi entre ces membres de la diaspora qui, presque machinalement, mécaniquement même, répètent une seule chose : «  tout va bien au Rwanda  ». Bien entendu, cette affirmation pose plus d’un problème.
Tout d’abord, il y a lieu de se demander pourquoi tous les prédicateurs de cette évangile la décline sur un ton excessivement défensif. Ils doivent, pour la plupart se justifier sans arrêt comme si cette ruée vers les ors d’Afandie cachait quelque chose de repréhensible. Ecoutez leurs propos et dites-moi si vous vous y retrouvez dans ce discours maladroitement formaté. Je n’ai pas été acheté, j’ai circulé librement, l’ordre règne partout, les autorités sont bienveillantes, etc. De l’animation politique, quoi! Pourquoi ne réalisent-ils pas que le psittacisme de leurs déclarations laissent sous-entendre que c’est plutôt l’inverse que l’on essaie de dissimuler pour ensuite le gommer dans les têtes de l’auditoire ? De témoignage neutre, ces rapports apparaissent donc très vite comme étant de la propagande pure en obéissant à la vieille règle d’orchestration1.
Il y a ensuite un problème de crédibilité des orateurs. Soit ils ont un message à répéter (sur injonction de…), soit ils prennent leurs auditeurs pour des individus aux idées exagérément naïves ou candides. Dites-moi la force de cette magie qui convertit quelqu’un en l’espace d’un mois seulement. Prenez donc l’exemple de ce compatriote qui, hier encore, criait dans tous les débits de boissons qu’il est «  colonel full full  » et qu’il allait renverser le régime en place… Quel crédit accorder à son récit devenu subitement angélique (même si en coulisses il avouera qu’il avait peur et donc hâte de regagner son Europe confortable) ? Que dire de cet autre qui, loin des caméras d’Igihe.com, jure à tue-tête qu’on ne l’y reprendra pas deux fois ? Que dire de celui-là qui réalise la beauté et l’importance de son pays juste par peur de « vieillir dans une maison de repos »? La liste peut être allongée avec les contradictions de chacun.
Les louanges à l’égard du miracle rwandais pose enfin le problème des non-dits. S’il est vrai que des bons points ont été engrangé au cours de ces 17 ans que dure l’exil des candidats «  come and see  », il serait beaucoup plus intéressant, honnête et crédible s’ils incluaient quelques évidences dans leurs prédications. A moins qu’ils n’aient reçu comme consigne de laisser cet aspect de choses aux amis du Rwanda. Madame Susan Rice, représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, n’est-elle pas allé, vu et déclaré ceci :  » La vitalité économique du Rwanda a fait avancer le pays. Les progrès sociaux sont sensibles. Mais la culture politique du pays reste relativement fermée. Les restrictions sur la presse perdurent. Les activistes de la société civile, les journalistes et les opposants politiques du gouvernement craignent souvent de s’organiser paisiblement et de s’exprimer. Certains ont été harcelés. D’autres ont été intimidés par des visiteurs nocturnes. Et quelques-uns ont tout simplement disparu  ». Cette vérité est-elle donc cachée aux come and see ?
Ils ont tous vu et admiré d’impressionnants buildings, ils ont roulé sur des très belles routes, ils ont, pour certains, récupéré des biens familiaux. Ils ne tarissent pas d’éloges sur l’état de droit, mais y en a-t-il qui peuvent dire quand et comment d’autres compatriotes pourront eux récupérer leurs droits ? Bien entendu je parle de Victoire Ingabire, de Déo Mushayidi et bien d’autres, privés injustement de leurs droits fondamentaux ou qui sont pourchassés jusque dans des hôpitaux étrangers. Ils assurent qu’ils ont accédé à des informations sûres leur permettant de faire face aux rumeurs. Qu’ont réellement fait les officiers Ibingira, Rutatina, Munyuza et Gumisiriza pour mériter une mise à l’ombre ?
Utagera i Bwami abeshywa byinshi dit-on en Kinyarwanda. Les ouailles de sieur Rwambonera contredisent cruellement cet adage de la sagesse rwandaise car in fine ce sont eux les dindons de la farce. Ils ne voient que ce qu’on veut leur montrer et retournent en Occident en taisant sciemment des dysfonctionnements qui ont raison de la vie de milliers de compatriotes. Lobotomisés à la manière d’Afandie, ils s’échinent à peindre un Rwanda débarrassé de toutes les turpitudes et autres crimes d’un assa-saint qui le tyrannise.
C Kami


1La première condition d’une bonne propagande est en effet la répétition inlassable des thèmes principaux.
 

regardouvrier |
tawfikkanzari |
justiceaurwanda3 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | cgteiffagenergieraa
| leahan158
| acmjeunes